L’hypnose ericksonienne suscite beaucoup de curiosité, mais aussi certaines inquiétudes. Peut-on perdre le contrôle ? Peut-on rester bloqué en état d’hypnose ? Existe-t-il des dangers pour la santé mentale ? Est-ce une pratique sérieuse ou une forme de manipulation ?

Ces questions sont légitimes. Beaucoup de personnes arrivent vers l’hypnose avec des images venues de l’hypnose de spectacle, du cinéma ou de récits impressionnants. Pourtant, l’hypnose ericksonienne pratiquée dans un cadre d’accompagnement n’a pas le même objectif : elle ne cherche pas à prendre le contrôle d’une personne, mais à l’aider à mobiliser ses propres ressources intérieures.

Selon l’Inserm, l’hypnose est une technique ancienne utilisée dans le soin depuis au moins deux siècles en Occident. Elle consiste, par la parole, à induire un état de conscience particulier pouvant être utilisé pour amplifier les ressources internes du patient, notamment face à l’anxiété ou à la douleur.

L’hypnose ericksonienne est-elle dangereuse ?

Dans un cadre sérieux, avec un praticien formé, l’hypnose ericksonienne n’est généralement pas considérée comme dangereuse. Le rapport de l’Inserm sur l’efficacité de l’hypnose indique que les données concernant la sécurité sont rassurantes et qu’aucun effet indésirable grave ne paraît attribuable à l’hypnose dans la littérature étudiée.

Cela ne signifie pas pour autant qu’il faut présenter l’hypnose comme un outil magique ou sans cadre. Comme toute pratique d’accompagnement utilisant la parole, la suggestion, l’imaginaire et les émotions, elle demande de la prudence, de l’éthique et une bonne connaissance de ses limites.

La vraie question n’est donc pas : “L’hypnose est-elle dangereuse en soi ?” mais plutôt : “Dans quelles conditions l’hypnose peut-elle être mal utilisée ?”

Pourquoi l’hypnose fait-elle peur ?

L’hypnose fait peur parce qu’elle est souvent confondue avec l’hypnose de spectacle. Dans un spectacle, l’objectif est de divertir. Les scènes sont impressionnantes, rapides, parfois caricaturales, et peuvent donner l’impression que l’hypnotiseur possède un pouvoir extraordinaire sur la personne.

Pourtant, ces effets sont souvent moins mystérieux qu’ils n’y paraissent. L’hypnose de spectacle repose aussi sur une forte mise en scène, la sélection de personnes réceptives, l’effet de groupe, l’envie de participer, l’attente du public et des suggestions conçues pour produire des réactions visibles. Ce contexte peut rendre les phénomènes hypnotiques beaucoup plus spectaculaires qu’ils ne le seraient dans un cadre ordinaire.

En hypnose ericksonienne, le cadre est très différent. L’objectif n’est pas d’impressionner, mais d’accompagner. La personne reste actrice de la séance. Elle peut parler, bouger, refuser une suggestion, ouvrir les yeux ou interrompre l’expérience. Le praticien ne “commande” pas : il guide.

L’hypnose ericksonienne repose davantage sur la coopération, la confiance, le respect du rythme de la personne et l’adaptation à son monde intérieur que sur l’autorité ou la contrainte.

Peut-on perdre le contrôle sous hypnose ?

Non, l’hypnose thérapeutique ne consiste pas à perdre le contrôle de soi. La personne peut être très absorbée, détendue, concentrée sur ses sensations ou ses images intérieures, mais elle ne devient pas un automate.

On peut comparer certains états hypnotiques à des expériences ordinaires : être absorbé dans un film, conduire sur un trajet familier en ayant l’impression que le temps a passé très vite, ou être plongé dans une rêverie. La différence est qu’en séance, cet état est utilisé de façon guidée, avec un objectif défini.

La personne garde donc une forme de conscience et de participation. Elle n’est pas “soumise” au praticien.

Peut-on rester bloqué sous hypnose ?

C’est l’une des peurs les plus fréquentes. En pratique, on ne reste pas bloqué sous hypnose. L’état hypnotique est transitoire. Si le praticien arrêtait simplement de parler, la personne reviendrait naturellement à un état d’attention ordinaire, ou pourrait éventuellement s’endormir puis se réveiller.

Un praticien sérieux prend toutefois le temps de faire une sortie de séance progressive : retour aux sensations du corps, à la respiration, à la pièce, puis échange verbal. Ce cadre permet de repartir clair, présent et bien réorienté.

Les vrais risques de l’hypnose ericksonienne

Les dangers de l’hypnose ericksonienne ne viennent pas tant de l’état hypnotique lui-même que d’un mauvais usage de cet outil.

1. Tomber sur un praticien insuffisamment formé

Le premier risque est de consulter une personne qui utilise l’hypnose sans cadre clair, sans formation solide ou sans connaissance suffisante de l’accompagnement humain.

L’Inserm rappelle que les formations en hypnose sont hétérogènes en France et que le statut d’hypnothérapeute n’est pas réglementé, ce qui peut entraîner des niveaux de qualification très différents selon les praticiens.

C’est pourquoi il est important de s’informer avant de prendre rendez-vous : formation suivie, expérience, posture éthique, cadre proposé, limites de la pratique, capacité à réorienter vers un médecin ou un psychologue lorsque c’est nécessaire.

 L’un des points les plus sensibles concerne les faux souvenirs. L’hypnose ne doit pas être utilisée comme un outil permettant de “retrouver la vérité” sur un événement passé. La mémoire humaine est reconstructive : elle peut être influencée par les questions, les attentes, les images et les suggestions.

Un praticien prudent évite donc les formulations qui induisent des réponses, par exemple : “Vous allez retrouver ce qui s’est passé” ou “Votre inconscient sait forcément d’où vient le problème.” Ce type d’approche peut être risqué, surtout chez une personne vulnérable ou très suggestible.

En accompagnement, l’objectif n’est pas de fabriquer une certitude sur le passé, mais d’aider la personne à mieux vivre son présent, à apaiser une émotion, à retrouver des ressources et à avancer.

L’hypnose demande une prudence particulière chez les personnes présentant des troubles psychotiques, des épisodes dissociatifs importants, des états confusionnels ou certaines fragilités psychiatriques non stabilisées.

Cela ne veut pas dire que toute difficulté psychologique interdit l’hypnose. Mais dans certaines situations, l’accompagnement doit être réalisé par un professionnel de santé qualifié, ou en lien avec une prise en charge médicale ou psychiatrique.

Un praticien sérieux doit connaître ses limites et ne pas se substituer à un médecin, un psychiatre lorsque la situation dépasse son champ de compétence.

L’hypnose peut être un accompagnement complémentaire, mais elle ne doit pas retarder un diagnostic ou remplacer un traitement médical nécessaire.

Par exemple, une douleur persistante, des troubles du sommeil sévères, une anxiété envahissante, une dépression importante ou des symptômes physiques inexpliqués doivent être évalués médicalement. L’hypnose peut parfois aider à mieux vivre certains symptômes, mais elle ne doit pas empêcher de rechercher leur cause.

L’Académie nationale de médecine reconnaît l’intérêt de l’hypnose dans certains contextes précis, notamment la prévention de la douleur liée aux soins chez l’enfant ou certaines situations de soins, mais rappelle aussi que l’utilité démontrée des thérapies complémentaires reste limitée à des indications particulières.

Une séance d’hypnose peut parfois faire émerger des émotions : tristesse, peur, colère, soulagement, fatigue. Ce n’est pas forcément un danger, mais cela doit être accueilli avec délicatesse.

Un bon accompagnement ne force pas la personne à revivre brutalement une scène douloureuse. Il cherche plutôt à sécuriser, stabiliser et respecter le rythme de chacun. L’hypnose ericksonienne est justement connue pour son approche indirecte, progressive et respectueuse.

L’auto-hypnose est-elle dangereuse ?

L’auto-hypnose, lorsqu’elle est pratiquée simplement pour se détendre, mieux respirer, se recentrer ou retrouver du calme, est généralement une pratique douce. Elle doit cependant être utilisée avec bon sens.

Il vaut mieux éviter de pratiquer l’auto-hypnose en conduisant, en utilisant une machine, ou dans une situation qui demande une vigilance complète. En cas de trouble psychique important, de dissociation, de trauma complexe ou de grande instabilité émotionnelle, il est préférable d’être accompagné par un professionnel qualifié plutôt que de pratiquer seul avec des enregistrements trouvés au hasard.

L’auto-hypnose peut être un outil intéressant, mais elle ne remplace pas un accompagnement adapté lorsque la souffrance est profonde.

Alors, faut-il avoir peur de l’hypnose ericksonienne ?

Non, il n’y a pas de raison d’avoir peur de l’hypnose ericksonienne lorsqu’elle est pratiquée dans un cadre sérieux, respectueux et adapté. Les données disponibles sur la sécurité de l’hypnose sont rassurantes, tout en appelant à la vigilance sur l’éthique, la formation et les usages de la suggestion.

Le danger principal n’est pas l’hypnose en elle-même. Il se situe plutôt dans les promesses excessives, les praticiens mal formés, le non-respect de certaines fragilités psychiques ou l’idée qu’une séance pourrait remplacer un avis médical nécessaire.

Bien utilisée, l’hypnose ericksonienne est une approche d’accompagnement qui peut aider à mobiliser ses ressources, à apaiser certaines émotions et à avancer vers un changement souhaité.